Corée du Sud : des organisations internationales alertent sur les libertés religieuses et d’expression

SÉOUL, le 10 août 2026 (Centra-News)—

Plusieurs organisations internationales de défense des droits humains ont exprimé vendredi leurs préoccupations concernant la liberté de religion ou de conviction et la liberté d’expression en Corée du Sud. Réunies au Seoul Foreign Correspondents’ Club, à l’initiative de Human Rights Without Frontiers (HRWF), en collaboration avec CAP Liberté de Conscience (CAP LC), FOREF, CESNUR et Bitter Winter, elles ont notamment appelé les autorités sud-coréennes à réexaminer la détention provisoire de responsables religieux âgés.

Au cœur des échanges figure le cas de Lee Man-hee, président de Shincheonji, âgé de 95 ans, dont les organisations participantes contestent la nécessité et la proportionnalité du placement en détention provisoire. Elles ont également évoqué la situation de Hak-ja Han Moon, âgée de 83 ans, membre de la Fédération des familles.Les participants ont demandé aux autorités sud-coréennes de veiller à ce que les mesures judiciaires et administratives visant les minorités religieuses soient appliquées de manière neutre, proportionnée et conforme aux engagements internationaux de la République de Corée en matière de droits humains.

Des inquiétudes qui dépassent le cas de Shincheonji

Pour les organisations présentes, la situation de Lee Man-hee s’inscrit dans un contexte plus large de préoccupations concernant l’exercice de la liberté religieuse en Corée du Sud.La situation de l’Église Segero, à Busan, a notamment été évoquée. Selon les participants, cette communauté ferait toujours l’objet de harcèlement et d’une surveillance officielle malgré la libération de son pasteur, Son Hyun-bo.

La conférence a également abordé plusieurs autres dossiers, notamment l’objection de conscience, la contestation publique d’un projet de mosquée à Daegu et les conditions d’exercice de la liberté religieuse dans les établissements d’enseignement.

HRWF a par ailleurs rappelé avoir documenté, au fil des dernières décennies, l’emprisonnement de centaines de Témoins de Jéhovah en Corée du Sud pour objection de conscience. La mise en place ultérieure d’un service civil alternatif n’a pas mis fin aux critiques. Ses détracteurs estiment notamment que sa durée de 36 mois, soit deux fois celle du service militaire régulier, lui confère un caractère disproportionné.

« Les droits fondamentaux doivent s’appliquer à tous de manière égale »

À l’ouverture de la conférence, Hans Noot, directeur adjoint de HRWF, a estimé que les questions soulevées étaient au cœur du fonctionnement d’une société démocratique.Selon lui, la stigmatisation des communautés religieuses, les restrictions visant les rassemblements pacifiques ou encore le traitement de la dissidence comme un problème à contenir peuvent avoir des conséquences dépassant largement les seuls groupes concernés.

Hans Noot a insisté sur le fait que la conférence ne visait pas à défendre une doctrine ou une organisation religieuse particulière, mais un principe général : l’égalité de protection des droits fondamentaux.

La détention d’un homme de 95 ans au centre du débat juridiqueThierry Valle, président de CAP Liberté de Conscience, a pour sa part examiné la détention de Lee Man-hee à la lumière du droit international.

Il a notamment rappelé que la Corée du Sud avait ratifié en 1990 le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et, en 1995, la Convention contre la torture. Il s’est interrogé sur la compatibilité de la détention provisoire d’une personne âgée de 95 ans avec les obligations internationales du pays.

Thierry Valle a également insisté sur le principe de présomption d’innocence et sur l’existence, dans les systèmes démocratiques, de mesures alternatives à l’incarcération susceptibles de mieux prendre en compte l’âge et la dignité de la personne concernée.

Il a notamment cité comme précédents la libération sous caution du cardinal Joseph Zen à Hong Kong en 2022 et le placement en résidence surveillée du patriarche bouddhiste vietnamien Thich Quang Do.

Une procédure judiciaire sous le regard des défenseurs des libertés

Michael Langhans, directeur exécutif de FOREF Allemagne, a présenté une analyse juridique consacrée à la nécessité du maintien en détention provisoire de Lee Man-hee.

Il a notamment questionné la nécessité de maintenir cette mesure alors que, selon lui, les éléments disponibles seraient déjà suffisants pour permettre une mise en accusation. Il a également soulevé la question de l’impartialité dans la collecte et l’interprétation des éléments de preuve.

L’expert s’est interrogé sur la possibilité de concilier les mesures visant à protéger l’intégrité du processus électoral avec le respect de la liberté de religion, garantie à la fois par la Constitution sud-coréenne et par les instruments internationaux relatifs aux droits humains.

Les répercussions au-delà des frontières sud-coréennesMárk Nemes, directeur adjoint du CESNUR, a insisté sur les conséquences que pourrait avoir cette affaire sur les minorités religieuses présentes à l’étranger.

Il a cité plusieurs études universitaires récentes consacrées à des communautés de Shincheonji en Europe, en Argentine et en Australie. Selon lui, ces travaux font état d’une progression de l’hostilité à l’égard de ce mouvement religieux.

Márk Nemes a rappelé que Shincheonji dispose de communautés dans plusieurs pays et que les décisions prises en Corée du Sud pourraient, selon lui, avoir des répercussions sur les fidèles vivant à l’étranger.

Il a ainsi renvoyé aux articles 18 et 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui consacrent notamment les libertés de pensée, de conscience, de religion et d’expression.

CESNUR dénonce « une ligne inquiétante »

Massimo Introvigne, directeur général du CESNUR et rédacteur en chef de Bitter Winter, a estimé que la Corée du Sud avait « franchi une ligne inquiétante » avec l’arrestation de Lee Man-hee.

Il a plaidé pour que les normes internationales, notamment les Règles Nelson Mandela relatives au traitement des détenus, soient prises en considération afin de privilégier, lorsque cela est possible, des mesures alternatives à l’incarcération pour une personne âgée de 95 ans accusée d’une infraction non violente.

Il a également jugé disproportionnées les accusations liées à la participation politique de membres d’une minorité religieuse, estimant que cette affaire devait être examinée dans le contexte plus large de la situation des minorités religieuses en Corée du Sud.

Les organisations appellent à la vigilanceAu terme de la conférence, les organisations participantes ont appelé les autorités sud-coréennes, les médias et la communauté internationale à suivre attentivement l’évolution de ces dossiers, notamment au regard du respect de la procédure régulière, de la proportionnalité des mesures judiciaires et de l’égalité de protection des droits fondamentaux.

Elles ont également annoncé la mise à disposition de documents destinés à alimenter les travaux de documentation et de reportage sur la liberté religieuse et la liberté d’expression en Corée du Sud.

À l’issue de la rencontre, les universitaires et experts présents ont signé une lettre adressée au gouvernement de la République de Corée, demandant la libération immédiate de Lee Man-hee.

Rédaction Centra-News