
BANGUI, le 27 août 2026 (Centra News)—
Trente-six ans après avoir quitté la République centrafricaine à l’âge de 14 ans pour rejoindre sa famille en Europe, Manuela Kazangba revient au pays avec une mission : préserver et transmettre la mémoire centrafricaine à travers l’œuvre de son père, Georges Kazangba.
Écrivaine, fonctionnaire dans le secteur de la petite enfance en France et fondatrice de l’association Kaztib, elle a notamment porté à la publication le manuscrit paternel intitulé « Naissance d’une nation. Centrafrique : de la colonisation à l’indépendance ». Pour elle, cette œuvre constitue à la fois un héritage familial et un témoignage destiné aux nouvelles générations. « Avant de savoir où on va, il faut savoir d’où on vient », souligne-t-elle.
Passionné de littérature, Georges Kazangba a très tôt inculqué à ses enfants le goût de la lecture et de l’écriture. Manuela, qui préférait initialement jouer avec ses camarades, finira par se laisser gagner par cette passion. « Petit à petit, j’ai commencé à prendre goût. J’ai commencé à lire, à écrire, sans trop savoir ce que j’écrivais », raconte-t-elle.

Elle garde de son père le souvenir d’un homme jovial, attaché à l’instruction, à la littérature et à la culture centrafricaine. La dernière fille de ses parents, elle se souvient d’une relation particulièrement proche avec celui qu’elle décrit comme « plus qu’un père, un ami ». À travers ses récits et ses expériences, Georges Kazangba encourageait ses enfants à connaître leurs origines et à rester attachés à leur pays.
Le projet de publication de « Naissance d’une nation » prend forme lorsqu’un de ses frères, Guy-Serge, lui révèle qu’il détient un manuscrit consacré à l’histoire de l’indépendance de la Centrafrique. Refusant de voir ce document disparaître dans les archives familiales, Manuela entreprend avec son frère de rassembler les écrits disponibles de leur père, notamment ses poésies, avant de rechercher une maison d’édition.

Selon elle, l’ouvrage présente un intérêt particulier, Georges Kazangba ayant été un témoin direct de plusieurs événements de cette période et proche de Barthélemy Boganda. « Il ne raconte pas quelque chose qu’on lui a dit. Il raconte quelque chose qu’il a vécu », explique-t-elle.
La publication de ce livre répond ainsi à une préoccupation : sauvegarder les témoignages d’une génération dont les derniers acteurs disparaissent progressivement.
L’engagement de Manuela Kazangba dépasse toutefois la seule mémoire historique. En 2022, elle publie « Les aventures de Mathéo et Mailine », un ouvrage destiné aux enfants et inspiré de deux jumeaux de sa famille nés en France. Son expérience professionnelle dans le secteur de la petite enfance nourrit cette démarche, avec la volonté de transmettre aux jeunes des valeurs de partage, d’hospitalité, de confiance en soi et d’ouverture culturelle.
À travers l’association Kaztib, elle entend également promouvoir la lecture, l’écriture, les activités éducatives et l’apprentissage par le jeu. Pour elle, l’ouverture à d’autres cultures ne doit pas conduire à l’abandon des racines : « On doit toujours s’enrichir des autres, mais garder notre culture profondément au fond de notre cœur », affirme-t-elle.
Entre son activité professionnelle, sa famille, ses engagements associatifs et l’écriture, Manuela Kazangba poursuit ainsi un travail de transmission qu’elle considère comme un devoir.

Elle appelle les jeunes Centrafricains à s’intéresser davantage à leur histoire et à prendre la plume pour raconter leur propre vécu et celui de leur pays.
Elle se montre par ailleurs optimiste face à l’émergence de nouveaux écrivains et aux initiatives visant à sauvegarder les œuvres des auteurs centrafricains. Son message tient en quelques mots : « Écrivez et allez jusqu’au bout ».
En publiant le manuscrit de son père, Manuela ne fait donc pas que préserver un héritage familial : elle contribue à faire sortir de l’oubli une voix de l’histoire centrafricaine et à la transmettre aux générations futures.










