Centrafrique : l’Université de Bangui sensibilisée aux enjeux de l’antibiorésistance

BANGUI, 10 septembre 2026 (Centra-News)—

Une vingtaine d’étudiants en sciences et en médecine de l’Université de Bangui ont participé, jeudi 10 septembre 2026, à une conférence consacrée à l’antibiorésistance. Organisée à l’amphithéâtre Quenum avec l’appui de l’Ambassade de France en République centrafricaine et du ministère de l’Enseignement supérieur, cette rencontre visait à renforcer les connaissances des futurs professionnels de santé sur cette menace sanitaire mondiale.

Animée par le professeur Sylvain Piamantes, médecin infectiologue venu de France, la conférence a porté notamment sur les mécanismes de l’antibiorésistance, ses conséquences sur la santé publique et les moyens de limiter la propagation des bactéries résistantes aux antibiotiques.

« J’ai présenté les données scientifiques internationales et quelques données locales pour présenter le problème de l’antibiorésistance, qui touche les patients en France comme dans le reste du monde », a expliqué le professeur Sylvain Piamantes.

Selon lui, l’objectif était également de sensibiliser les professionnels et futurs professionnels centrafricains à un enjeu qui pourrait avoir des conséquences importantes sur la santé des populations dans les prochaines années.

Au cours de son intervention, le médecin infectiologue a notamment présenté la phagothérapie, une approche thérapeutique innovante qui consiste à utiliser des bactériophages, des virus capables de cibler certaines bactéries. Il estime que cette solution pourrait présenter un intérêt particulier dans les pays où l’accès à certaines thérapeutiques reste limité, notamment parce que certaines productions pourraient être envisagées localement.

« Je présenterai la façon dont la France a répondu à cette menace en proposant des alternatives aux antibiotiques, qui sont les principaux facteurs de sélection de l’antibiorésistance. Je ferai également une présentation sur la phagothérapie, une thérapeutique innovante et potentiellement accessible puisqu’elle peut être produite localement », a-t-il précisé.

L’automédication, une préoccupation majeureL’automédication figure également parmi les facteurs favorisant l’antibiorésistance. Pour le professeur Sylvain Piamantes, l’un des principaux défis consiste à mieux informer les patients et l’ensemble de la population sur les risques liés à la prise de médicaments sans avis médical.

« Le grand enjeu, en général, est l’usage des antibiotiques dans le monde vétérinaire, mais aussi l’automédication, qui est un fléau partout sur la planète », a-t-il souligné.

Il appelle ainsi à renforcer l’éducation sanitaire afin d’encourager les patients à consulter un professionnel de santé avant toute prise d’antibiotiques.« Il faut apprendre à éduquer chaque patient et surtout chaque citoyen à ne pas s’automédiquer, mais à consulter pour bénéficier de la meilleure prise en charge médicale », a-t-il insisté.

Sensibiliser davantage la populationInterrogé sur la situation spécifique de la République centrafricaine, l’infectiologue estime que le phénomène de l’automédication n’est pas propre au pays. Il est, selon lui, étroitement lié à l’éducation sanitaire et à l’accès aux soins, deux défis qui concernent également d’autres pays, y compris la France.

Le professeur préconise donc la multiplication des campagnes de sensibilisation afin d’expliquer aux populations les risques liés à l’automédication.

« Il est nécessaire de faire des campagnes de sensibilisation pour expliquer aux populations que l’automédication comporte des risques et qu’il faut toujours avoir recours à un conseil médical plutôt que de prendre des médicaments dont on ne peut pas assurer ni la qualité ni la bonne indication », a-t-il conclu.

Cette conférence à l’Université de Bangui s’inscrit ainsi dans une démarche de sensibilisation des futurs professionnels de santé centrafricains face à une menace qui dépasse les frontières et qui constitue aujourd’hui un défi majeur pour les systèmes de santé.

Vivien de Capistran Nvalé