
Bangui, le 03 juillet 2026 (Centra-News)—
La Banque mondiale a présenté, jeudi à Bangui, les conclusions de sa revue des finances publiques de la République centrafricaine. Réalisé en partenariat avec le gouvernement, cet exercice vise à proposer des réformes destinées à renforcer la transparence, la mobilisation des recettes et l’efficacité de la gestion des finances publiques.
Organisé sous le thème « Renforcer la transparence, la visibilité et l’efficacité du secteur public », l’atelier a réuni des membres du gouvernement, des partenaires techniques et financiers ainsi que des représentants de la société civile autour d’un diagnostic de la situation budgétaire du pays.
Une forte dépendance à l’aide extérieure
Présent à Bangui, le directeur des opérations de la Banque mondiale pour l’Afrique centrale, Cheick Fantamady Kanté, a salué les avancées réalisées par les autorités centrafricaines, notamment l’organisation des élections groupées et l’adoption du nouveau Plan national de développement. Toutefois, il a estimé que la République centrafricaine demeure confrontée à un défi majeur : une dépendance excessive aux financements extérieurs.
Selon lui, les recettes intérieures représentent moins de 10 % du Produit intérieur brut (PIB), alors que le fonctionnement normal de l’État nécessite au moins 12 % du PIB. Durant les dernières années, l’aide extérieure a assuré près de 43,5 % des revenus de l’État et financé plus de 84 % des dépenses d’investissement.
« Cette dépendance constitue une vulnérabilité et non une stratégie de développement », a-t-il souligné, tout en rappelant que le pays dispose d’importantes ressources minières, forestières et économiques encore insuffisamment exploitées au profit des finances publiques.

Trois priorités de réforme
La Banque mondiale recommande trois axes prioritaires : renforcer la mobilisation des recettes intérieures en modernisant les administrations fiscale et douanière et en améliorant la contribution des secteurs extractif et forestier ; améliorer la qualité des dépenses publiques afin que chaque franc CFA investi produise des résultats concrets ; renforcer la coordination entre le gouvernement et les partenaires techniques et financiers afin d’aligner davantage l’aide extérieure sur les priorités nationales.
L’institution insiste également sur la nécessité d’accélérer la numérisation des services fiscaux, de renforcer la transparence budgétaire et d’améliorer la gouvernance des finances publiques.
Le gouvernement promet d’accélérer les réformes
Représentant le ministre des Finances et du Budget, le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale, Marc Mandaba, a reconnu les faiblesses structurelles mises en évidence par cette revue.
Il a notamment relevé que la masse salariale absorbe plus de 70 % des recettes intérieures, limitant fortement les investissements dans les infrastructures, l’éducation et la santé. Il a également rappelé que plus de 80 % des investissements publics restent financés par les partenaires extérieurs.
Face à ces défis, le gouvernement s’est engagé à transformer les recommandations de la Banque mondiale en programme de réformes.
Des engagements concrets
Parmi les principales mesures annoncées figurent : l’augmentation des recettes intérieures jusqu’à 12 % du PIB à moyen terme, avec un objectif de 15 % à long terme ; la modernisation et la numérisation des administrations fiscale et douanière ; le renforcement de la gestion de la trésorerie et de la dette publique ; l’amélioration de la transparence budgétaire grâce à une meilleure publication des documents financiers de l’État ; la réorientation progressive des dépenses publiques vers les secteurs sociaux et les infrastructures prioritaires.
Le gouvernement prévoit également de renforcer la fiscalité des secteurs minier, forestier et des télécommunications, de lutter contre les exonérations injustifiées et de développer les paiements électroniques afin d’améliorer le recouvrement des recettes.
Un appel à une meilleure gouvernance
Les recommandations de la revue mettent également l’accent sur la création de fonds de contingence, la budgétisation pluriannuelle, la réforme de la gestion des ressources humaines de l’État, ainsi que le renforcement des mécanismes de contrôle des marchés publics et des entreprises publiques.
La présentation des conclusions de cette revue s’est déroulée en présence du Premier ministre Félix Moloua, qui a plaidé pour une meilleure prise en compte du secteur informel dans les politiques publiques. Les ministres Aurélien Simplice Kongbelet Zingas (Éducation nationale) et Rufin Benam Beltoungou (Mines et Géologie) ont également formulé plusieurs observations en vue d’enrichir les réformes proposées.
À travers cette revue, la Banque mondiale et le gouvernement centrafricain entendent faire des finances publiques un levier de développement durable, en réduisant progressivement la dépendance à l’aide extérieure et en améliorant la gouvernance économique du pays.
David Nvalé










