
Par Ben-Wilson Ngassan
Ce mercredi 28 octobre 2026, Moscou accueille la troisième édition du Sommet Russie-Afrique, coprésidée par le président russe Vladimir Poutine et son homologue burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine. La présence du président centrafricain, Pr Faustin-Archange Touadéra, intervient dans un contexte où les relations entre Bangui et Moscou occupent une place importante dans la stratégie diplomatique et sécuritaire de la République centrafricaine.
Mais au-delà des poignées de main et des déclarations d’amitié, une question mérite d’être posée : qu’est-ce que la Centrafrique peut concrètement gagner de ce rapprochement ?
L’enjeu est considérable. Alors que 48 des 54 pays africains participent à cette rencontre, dont 22 représentés par leurs chefs d’État, la RCA doit saisir cette tribune pour défendre des intérêts économiques clairement identifiés.
La première urgence concerne le carburant. Selon le Fonds monétaire international, environ 80 % des importations de produits pétroliers centrafricains transitaient historiquement par le fleuve Oubangui. Les difficultés d’approvisionnement ont ainsi des conséquences directes sur les transports, les prix des marchandises et l’activité économique. Une coopération avec la Russie dans la logistique pétrolière, le stockage et la sécurisation des approvisionnements serait donc plus utile qu’une simple déclaration de partenariat.
La deuxième priorité est sécuritaire. Dans le Nord du pays et le long de la frontière avec le Tchad, la consolidation de la paix demeure essentielle à la reprise des activités économiques. Bangui doit rechercher des mécanismes de coopération capables de renforcer la surveillance des frontières, les capacités opérationnelles des forces nationales et la protection des populations.
Enfin, la question des ressources naturelles ne saurait être éludée. L’or, le diamant et d’autres richesses du sous-sol centrafricain représentent des opportunités, mais leur exploitation reste confrontée à l’informalité, à l’insécurité et à la faiblesse de la transformation locale. Le pays gagnerait à négocier des investissements assortis de transferts de compétences, d’emplois pour les jeunes et d’unités de transformation sur son territoire.
Le défi économique est d’autant plus pressant que, selon la Banque mondiale, la croissance centrafricaine devrait ralentir à 2,8 % en 2026, contre une croissance démographique estimée à 3,4 %. Autrement dit, la progression de l’économie ne suffit pas à suivre celle de la population.
Le sommet de Moscou constitue donc une occasion à ne pas manquer. Pour la RCA, la réussite de cette participation ne se mesurera pas au nombre de rencontres bilatérales, mais à la capacité de transformer les engagements en investissements financés, en infrastructures opérationnelles et en emplois durables.
L’amitié entre les États est une force diplomatique. Lorsqu’elle améliore les conditions de vie des populations, elle devient un véritable levier de développement. C’est à cette aune que les Centrafricains jugeront les retombées de ce rendez-vous russo-africain.
Crédit photo : Ndjoni Sango Info

