Centrafrique : LETTRE À SON EMINENCE CARDINAL DIEUDONNÉ NZAPALAINGA

« Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie et dans sa maison. » Matthieu 13,57 Éminence, Depuis quelque temps, vous faites face, avec une dignité remarquable, à une campagne de dénigrement orchestrée par une officine dirigée par un prêtre désormais défroqué, dont la rancœur n’a cessé de croître depuis que la Conférence Épiscopale Centrafricaine (CECA) l’a écarté de la direction de l’Institut Supérieur d’Agronomie d’Afrique Centrale (ISAAC) en raison de sa cupidité. Mais il serait réducteur d’analyser la situation actuelle sans en rappeler l’origine.

A l’annonce de votre nomination, une frange du clergé diocésain avait exprimé des réserves, allant jusqu’à adopter une forme de grève. Ce malaise initial traduisait des résistances au changement que vous incarnez, auxquelles se sont mêlées, hélas, des considérations liées à vos origines. Loin d’être anecdotiques, ces premières contestations ont durablement installé un climat de défiance que certains n’ont jamais su dépasser.

Les épreuves actuelles apparaissent dès lors comme le prolongement de ces récriminations, nourries d’incompréhensions, d’intérêts contrariés et d’ambitions per [29/04 22:56] : ais au-delà, vous dérangez. Vous dérangez par votre refus des compromissions. Vous dérangez en braquant la lumière sur les souffrances des oubliés de la République.

Vous dérangez, enfin, parce que vous demeurez un homme de paix, de vérité et de principes. Que n’a-t-on pas entendu comme calomnies ? Elles se propagent en boucle sur les réseaux sociaux, devenus un véritable théâtre de lynchage.

En voici quelques-unes.

1. L’accusation de favoritisme ethnique Peu importe que votre vicaire général, le curé de la cathédrale, votre chancelier, le recteur du Grand Séminaire, les curés des principales paroisses, et même les responsables des postes les plus « juteux », pour reprendre une expression vos détracteurs qui en dit long sur leur échelle de valeurs, ne soient pas de votre ethnie. Peu importe également que la majorité des prêtres de l’archidiocèse fussent déjà en fonction bien avant votre nomination.

Ces faits, pourtant aisément vérifiables, sont délibérément passés sous silence. Car il ne s’agit pas de rechercher la vérité, mais de façonner un récit ; un récit construit, répété, martelé, jusqu’à tenter de le faire passer pour une évidence. Pourquoi cette accusation trouve-t-elle un tel écho ?

Parce qu’elle instrumentalise les fractures d’une République malade, où l’appartenance ethnique tient trop souvent lieu de mérite pour accéder aux responsabilités. L’argument ne résiste pas à l’épreuve de l’histoire : à Bangassou, sous l’évêque hollandais ? Mgr Maanicus, les postes clés étaient largement occupés par des Hollandais ; à Bouar, sous Mgr Armando, les Italiens dominaient ; à Bambari sous Mgr Michel Maître, c’était la même chose.

Le tribalisme serait-il un grief à géométrie variable ? Ou ne devient-il condamnable que lorsqu’il vise certains, mais jamais lorsqu’il concerne les Blancs ? L’ironie atteint son comble lorsque l’on constate que l’instigateur de cette cabale doit lui-même son ascension actuelle à des proximités d’ordre ethnique avec les cercles du pouvoir. Et que dire de sa prétention à se faire appeler « professeur » ? Où et quand aurait-il acquis ce titre ? Ici, l’arrogance ne masque même plus l’imposture : elle l’expose.[29/04 22:57] :

2. L’accusation de manquement à ton vœu de chasteté On prétend que vous auriez entretenu des relations avec deux femmes, dont seraient nés des enfants. Peu importent les démentis formels de ces femmes, pourtant étayés, y compris par des tests ADN. À l’ère des réseaux sociaux, la rumeur pèse souvent plus lourd que la vérité.

Les propagateurs de ces accusations se croient mieux informés que ces deux femmes. L’ironie est, une fois de plus, flagrante : votre détracteur en chef, désormais défroqué, est lui-même connu pour avoir trahi ses engagements sacerdotaux en menant une vie conjugale et familiale.

3. L’accusation de détournement On vous accuse de détournement. Plusieurs milliards de FCFA, rien que cela. Qui peut sérieusement accorder le moindre crédit à de telles allégations ? Vous qui, malgré de fortes insistances, aviez refusé d’être Chef d’État de transition, renonçant ainsi aux ors de la République pour demeurer fidèle à votre vocation pastorale, faite de sobriété, de service et de proximité avec les plus modestes.

On oublie au passage l’état exsangue dans lequel vous avez trouvé l’archidiocèse à votre arrivée. Le contraste entre hier et aujourd’hui est pourtant saisissant. Mais qu’importe : la mémoire est courte lorsqu’elle dérange. Ces accusations en disent bien plus long sur ceux qui les formulent que sur vous. Elles trahissent leur propre rapport à l’argent, au pouvoir et à la réussite.

Dans leur logique, il est inconcevable d’exercer de hautes responsabilités sans en tirer un enrichissement personnel. Il s’agit là d’une projection, le reflet de leurs propres pratiques. Ils vous prêtent leurs propres obsessions : voitures de luxe, maîtresses entretenues, voyages en classe affaires, montres de prestige… Mais vous n’êtes pas de ce monde-là.

4. L’accusation absurde de collusion avec le groupe Wagner. Celle-ci relève d’un tel niveau de fantaisie qu’elle ne mérite guère de développement.[29/04 22:58] : Éminence, Aux heures les plus sombres de notre pays, lorsque beaucoup fuyaient, se terraient ou choisissaient le silence, vous vous êtes levé, seul, sans autre arme que votre foi et votre courage, pour apaiser les tensions entre des communautés déchirées et préserver ce qui pouvait encore l’être du vivre-ensemble.

Les médias internationaux ne s’y sont pas trompés en vous qualifiant de « lion de Bangui ». Les distinctions honorifiques se sont multipliées ; livres et films ont retracé votre engagement. La paix et le vivre-ensemble en Centrafrique vous doivent beaucoup. Aujourd’hui encore, au péril de votre vie et de votre santé, vous parcourez villes et campagnes pour porter la voix des sans-voix et maintenir vivante l’espérance. Face à cela, que valent ces attaques ?

Aussi violentes qu’infondées, elles en disent infiniment plus sur leurs auteurs que sur vous. Elles trahissent le ressentiment, la médiocrité et des intérêts inavoués. Restez fidèle à votre mission, à votre conscience et à la vérité. Le temps finit toujours par rétablir les faits et rendre justice.

Permettez-moi de vous redire ces paroles de l’Évangile selon Matthieu (13,57) : « Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie et dans sa maison » Aujourd’hui, ces mots résonnent avec une acuité particulière.

Que le Seigneur vous garde et vous fortifie pour sa mission, Avec mon profond respect, mon amitié fidèle et mon soutien indéfectible.

Augustin MOYOLO