
Bangui, le 5 octobre 2026 (Centra-News)—
Le ministre de la Santé et de la Population, Dr Pierre Somse, appelle à renforcer la surveillance épidémiologique en République centrafricaine, alors que l’épidémie de la maladie à virus Ebola continue de sévir en République démocratique du Congo (RDC), notamment dans les zones frontalières avec la RCA. Il annonce, dès la semaine prochaine, le dépistage systématique des cas suspects et une surveillance accrue des décès communautaires de causes inconnues.
S’exprimant samedi lors d’une émission interactive avec la population centrafricaine, le ministre de la Santé a insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective face au risque de propagation de la maladie.
« L’épidémie à Ebola continue de sévir en République démocratique du Congo. Toutes les régions frontalières de la RDC avec la République centrafricaine sont en épidémie. Ce n’est donc pas une exagération. C’est une réalité », a déclaré Dr Pierre Somse.
Selon lui, les mesures de préparation mises en œuvre par les autorités sanitaires commencent à produire des résultats, particulièrement dans le domaine de la surveillance. Au total, 62 alertes ont été enregistrées et toutes se sont révélées négatives après les examens de laboratoire.
Sur ces 62 alertes, 23 proviennent des hôpitaux universitaires de Bangui, 31 de Obo, trois de Zémio, une de Béma, trois de Bangassou et une de Boubaï.
Pour le ministre, ces résultats montrent notamment que « toute fièvre hémorragique n’est pas Ebola ». Il invite ainsi la population à se rendre rapidement dans les structures sanitaires dès l’apparition de signes susceptibles d’évoquer la maladie à virus Ebola.
« Personne ne peut porter le diagnostic de l’Ebola dans la rue, dans la communauté. Un examen de laboratoire est indispensable », a-t-il insisté.
Deux mesures annoncées dès la semaine prochaine
Face au rapprochement du front épidémique, le ministère entend toutefois intensifier la surveillance. Deux mesures sont annoncées dès la semaine prochaine : le dépistage systématique en laboratoire des cas suspects, sur la base d’une approche syndromique, et la surveillance des cadavres issus de décès communautaires dont les causes demeurent inconnues.
Le ministre sollicite, à cet effet, la collaboration des chefs de famille, des notables, des chefs de village, des autorités politico-administratives et sécuritaires ainsi que des autorités sanitaires dans toutes les localités, y compris à Bangui. « Pour réussir cette préparation et même la réponse, la mobilisation de tous est cruciale », a-t-il souligné.
Appel à éviter la discriminationDr Pierre Somse appelle également la population à agir dans un climat de confiance, de responsabilité et de respect des droits humains. Il rappelle la nécessité de respecter les réglementations internationales applicables en période d’épidémie, notamment celles qui interdisent la fermeture des quartiers.
« De ce fait, ne cédons pas à la discrimination », a-t-il lancé.
Le ministre invite par ailleurs les communautés à modifier certaines pratiques et comportements susceptibles de favoriser la propagation de la maladie. Il cite notamment les pratiques funéraires et la manipulation des cadavres.
Il met également en garde contre la rétention des malades par certains religieux qui prétendent les guérir par la prière et transforment leurs lieux de culte ou leurs domiciles en lieux de prise en charge.
Selon lui, cette pratique peut devenir particulièrement dangereuse dans le contexte d’une épidémie d’Ebola. Il évoque également certaines pratiques liées à la médecine traditionnelle, notamment le regroupement de malades chez des guérisseurs.
Le changement climatique également pointé du doigt
Au-delà de la riposte immédiate contre Ebola, le ministre établit un lien entre les maladies émergentes et les effets du changement climatique. Il estime que la circulation de certains germes entre les animaux et les humains doit également amener à réfléchir aux conséquences de la dégradation de l’environnement.
Il appelle notamment à éviter les feux de brousse et la déforestation résultant de l’abattage désordonné des arbres. Il encourage également la population à répondre à l’appel à la plantation d’arbres dans le pays.
La dengue en progression à Bangui
La surveillance mise en place autour du risque Ebola a également permis, selon le ministre, de mettre en évidence d’autres maladies, notamment la dengue et le chikungunya, deux maladies virales à transmission vectorielle transmises par les moustiques.
« Nous avons également noté ces jours-ci une montée en puissance d’une épidémie de dengue dans la ville de Bangui », a-t-il indiqué.
Face à cette situation, Dr Pierre Somse estime que l’assainissement du milieu constitue une réponse essentielle. Il a ainsi réitéré l’importance de l’opération Kwa ti Kodro dans la lutte contre cette menace sanitaire.
À l’issue de son intervention, le ministre a salué l’engagement des médias, de la MINUSCA à travers la radio Guira, ainsi que celui de l’Institut Pasteur de Bangui et des différents acteurs du ministère de la Santé. Il a également souhaité que ces émissions interactives puissent être davantage relayées par les radios communautaires afin d’atteindre les populations vivant dans les zones les plus reculées de la République centrafricaine.
Vivien de Capistran Nvalé










