Centrafrique/CPS : à la barre, Boris Kevin Guerekoundagba dénonce six mois de détention éprouvante à Bossembélé

BANGUI, le 15 octobre 2026 (Centra-News)—

La Section d’assises de la Cour pénale spéciale (CPS), saisie de l’affaire dite de Bossembélé, a entendu jeudi le témoignage de Boris Kevin Guerekoundagba, agent d’entretien à l’Office national d’identification (ONI). Arrêté le 1er juillet 2010 après l’incendie du supermarché Rayan à Bangui, il a relaté son interpellation, son transfert à Bossembélé et les conditions difficiles de sa détention, marquées, selon ses déclarations, par des privations et des problèmes de santé.

Vendeur de fleurs devant le supermarché Bamag au moment des faits, le témoin affirme avoir été désigné par un homme qui se trouvait devant Rayan. Un gendarme serait ensuite venu l’interpeller, l’accusant d’être impliqué dans l’incendie. Conduit à la Section de recherches et d’investigations (SRI), il dit n’y être resté qu’une dizaine de minutes, sans être interrogé ni avoir la possibilité de prévenir sa famille, avant d’être transféré à Bossembélé avec d’autres détenus.

À son arrivée, il aurait été interrogé par le lieutenant Kossi. Il lui aurait expliqué qu’il n’était employé ni du supermarché Rayan ni de Bangui 2000, mais qu’il exerçait simplement une activité de vente de fleurs.

Boris Kevin Guerekoundagba affirme avoir passé deux mois dans une cellule surnommée « porte rouge », puis quatre autres mois dans une cellule plus spacieuse. Il décrit des conditions de détention difficiles, caractérisées par un manque de nourriture, d’eau et de médicaments, ainsi que des menaces verbales. Il a également évoqué une crise hémorroïdaire et une blessure à la tête, pour lesquelles il aurait bénéficié de soins grâce à l’aide de sa mère et de certains militaires.

Semndiro régulièrement présent, selon le témoin

Interrogé sur le capitaine Vianney Semndiro, le témoin a déclaré l’avoir vu régulièrement à la base militaire de Bossembélé. Selon lui, cet officier venait saluer les détenus et s’enquérir de leurs conditions de détention. Il a toutefois précisé ne pas l’avoir vu donner personnellement des ordres visant à infliger des mauvais traitements aux prisonniers.

Le témoin a également décrit les conditions de détention à la maison d’arrêt civile de Bossembélé, qu’il a comparées à celles de Guantánamo. Il a estimé que l’intervention du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) avait contribué à améliorer la situation des détenus.

Évoquant les conséquences de son incarcération, Boris Kevin Guerekoundagba a expliqué qu’à sa sortie de prison, la maison familiale avait été vendue, l’obligeant à vivre en location. « L’espoir est détruit, il n’y a pas d’espoir », a-t-il déclaré devant la Cour, illustrant les séquelles sociales et personnelles qu’il associe à sa détention.

Des interrogations sur les circonstances du transfert

Au cours de l’audience, le substitut du procureur spécial, Alexandre Tindano, a interrogé le témoin sur les circonstances de son arrestation et de son transfert. Guerekoundagba a confirmé que le lieutenant Kossi et Djoubaye Abazène avaient participé à son transfert vers Bossembélé. Il a précisé que les interrogatoires portaient sur l’incendie du supermarché Rayan, tout en disant ne pas comprendre pourquoi il avait été envoyé à Bossembélé alors qu’une maison d’arrêt existait à Bangui.

Concernant la mort de Charles Massi, le témoin a indiqué ne pas avoir assisté directement aux faits. Il a seulement rapporté avoir entendu des militaires en parler.Pour la partie civile, Me Yvon Fred Mackpevo a salué la comparution du témoin, estimant que ses déclarations pouvaient contribuer à la manifestation de la vérité. L’avocat l’a notamment interrogé sur la rapidité de son transfert et sur l’identité de la personne qui l’avait interrogé à son arrivée à Bossembélé. Le témoin a maintenu que le lieutenant Kossi l’avait interrogé et précisé qu’Alain Tolmo n’était pas présent ce jour-là.

La défense questionne les déclarationsLes avocats de la défense sont ensuite revenus sur les circonstances de l’arrestation et les déclarations relatives à la détention. Me Pabingui, intervenant pour Junior Danboy et Vianney Semndiro, a notamment interrogé le témoin sur son interpellation et sur la présence de Semndiro auprès des détenus. Guerekoundagba a maintenu ses déclarations, affirmant avoir été arrêté devant Bamag et interrogé par le lieutenant Kossi à son arrivée à Bossembélé.

De son côté, Me Jacob Sangone Demobona, avocat d’Eugène Barret Ngaïkosset, lui a demandé s’il connaissait son client avant sa détention. Le témoin a répondu par la négative. Il a également déclaré ne pas avoir vu personnellement l’ancien président François Bozizé à Bossembélé.

La défense de François Bozizé, représentée par Me Pessinam, est revenue sur la date de l’arrestation, fixée au 1er juillet 2010, ainsi que sur des propos que le témoin attribue à l’ancien chef de l’État concernant la recherche des responsables de l’incendie de Rayan. Guerekoundagba a maintenu ses déclarations, tout en reconnaissant ne pas connaître les raisons précises de son interpellation. Il a de nouveau souligné qu’il n’avait pas été témoin direct de la mort de Charles Massi.

À l’issue des échanges, les accusés ont indiqué ne plus avoir de questions à poser. L’audience a été suspendue et renvoyée au lundi 19 octobre 2026 à 10 heures.

Vivien de Capistran Nvalé