Centrafrique : AgrobiodiveRCA, une dynamique académique au service de l’agrobiodiversité

Bangui, le 21 avril 2026 (Centra-News)—

La coopération académique et scientifique se renforce en République centrafricaine à travers une formation spécialisée sur la création et la gestion des collections de semences, organisée du 16 au 17 avril 2026 à l’Institut Supérieur d’Agronomie de l’Université Catholique d’Afrique Centrale (ISAAC).

Animée par Mme Paule Teres, responsable du Centre de Ressources Biologiques GAMéT du CIRAD de Montpellier (France), cette session a réuni des étudiants en Master de l’ISAAC et de l’Université de Bangui, ainsi que des professionnels issus de structures nationales telles que l’ICRA, l’ACDA, l’ONASEM, le ministère de l’Environnement et le laboratoire LASBAD.

Placée sous le thème « Création et gestion d’une collection de semences selon les règles internationales », cette formation s’inscrit dans le cadre du projet AgrobiodiveRCA, une initiative scientifique portée par l’Université de Bangui avec l’appui de partenaires internationaux, notamment le CIRAD et l’IRD, avec le soutien de la France.

L’objectif principal est de renforcer les capacités techniques et professionnelles des acteurs nationaux en matière de conservation, de gestion et de valorisation des ressources phytogénétiques. Dans un contexte marqué par des exigences croissantes en matière de normes internationales, la maîtrise de la qualité, de la traçabilité et de la réglementation des semences apparaît comme un levier essentiel pour garantir la sécurité alimentaire et la souveraineté agricole du pays.

Au cours de ces deux journées, les participants ont été outillés sur les méthodes de conservation adaptées aux conditions tropicales humides, avec un accent particulier sur la préservation à long terme des semences et leur multiplication. « L’enjeu est de permettre aux acteurs locaux de conserver des semences viables sur plusieurs années et de développer des capacités de production », a expliqué Mme Teres.

Le projet AgrobiodiveRCA ambitionne également de documenter les savoirs locaux et d’étudier des cultures stratégiques telles que le manioc, l’arachide, le sorgho et la banane, afin de mieux préserver l’agrobiodiversité nationale.

Selon le professeur Éphrem Kosh-Komba, coordonnateur du projet, cette initiative répond à une urgence liée à la perte progressive des ressources agricoles due aux crises passées. « Il est essentiel aujourd’hui de collecter, sauvegarder et valoriser ce patrimoine génétique », a-t-il souligné.

En l’absence d’infrastructures locales adaptées, une partie des ressources collectées sera conservée dans des centres spécialisés à l’étranger, notamment au CIRAD, afin d’en garantir la pérennité. Ces semences pourront ensuite être réintroduites au profit des agriculteurs et des programmes de recherche.

Malgré des contraintes logistiques et financières, les porteurs du projet affichent leur détermination. « Nous faisons avec les moyens disponibles, en adaptant nos stratégies pour atteindre les objectifs », a reconnu le Pr Kosh-Komba, évoquant également les défis liés à la collecte des données sur le terrain et à la collaboration avec les communautés locales.

Au-delà des aspects techniques, cette formation illustre la volonté des autorités et des partenaires de bâtir une agriculture fondée sur la rigueur scientifique, la coopération internationale et le respect des normes en vigueur.

D’une durée de trois ans (2025-2027), le projet AgrobiodiveRCA vise à poser les bases d’un système national performant de gestion des semences. À terme, il devrait contribuer à renforcer la résilience du secteur agricole face aux effets du changement climatique et à lutter durablement contre l’insécurité alimentaire en République centrafricaine.

Mireille Mourouba