Université de Douala : la parole de l’Église centrafricaine au cœur d’une recherche doctorale

Douala, le 16 Mars 2026 (Centra-News)— À l’issue d’une soutenance de thèse tenue samedi dernier à l’Université de Douala, l’enseignante centrafricaine Ursule Backlos Bakotavo Maboro a obtenu le grade de docteure après avoir présenté un travail de recherche consacré au rôle du discours de l’Église dans la société centrafricaine. Devant un jury qui a salué la qualité scientifique de l’étude en lui attribuant la mention Très honorable, la chercheuse démontre que les lettres pastorales de l’épiscopat centrafricain constituent de véritables instruments de médiation sociale et politique.

Une analyse scientifique de la parole de l’Église

Intitulée « Le discours épistolaire dans l’épiscopat centrafricain de 1985 à 2010 : une analyse pragmatique », la thèse examine près d’un quart de siècle de lettres pastorales et de correspondances des évêques de République centrafricaine. Enseignante à l’Université de Bangui, Ursule Backlos Bakotavo Maboro s’est attachée à comprendre comment ces écrits, au-delà de leur dimension spirituelle, participent à la communication publique et à la régulation sociale dans un contexte marqué par des crises politiques répétées.

À travers une approche pragmatique des sciences du langage, l’étude met en évidence que ces discours religieux ne se limitent pas à transmettre un message de foi. Ils interpellent également les autorités politiques, les fidèles et les forces vives de la nation, s’imposant souvent comme des espaces de dialogue et de médiation en faveur de la paix et de la réconciliation.

Les sciences du langage au service de la sociétéPrésident du jury, le professeur Jean Benoît Tsiofack a souligné la portée sociale de cette recherche. Selon lui, les sciences du langage dépassent désormais le cadre strictement académique pour devenir de véritables outils d’intervention sociale.Dans un contexte qualifié de « crisogène », la parole des leaders religieux peut influencer les perceptions collectives et contribuer à orienter les débats publics. La linguistique permet ainsi de décrypter les mécanismes de réception de ces discours et d’en mesurer l’impact sur la société.Une recherche tournée vers la résolution des crises

Rapporteur de la thèse, le professeur Gérard Bouellet a également salué la rigueur méthodologique du travail. L’analyse pragmatique adoptée met en lumière l’efficacité symbolique des lettres pastorales, souvent perçues comme des repères moraux dans les périodes de rupture du dialogue politique.Encadrée par les enseignants Jean Marcel Essiene et Flora Amabiamina au sein du département de français et d’études francophones de l’Université de Douala, cette recherche ouvre également des perspectives comparatives avec d’autres discours religieux en Afrique subsaharienne.

À travers cette thèse, la nouvelle docteure met en évidence le rôle stratégique de la parole dans la construction du vivre-ensemble. Elle rappelle que, face aux crises sociales et politiques, l’analyse scientifique des discours peut contribuer à identifier des leviers de médiation et de transformation sociale.

Sources Hervé Villard Njiele