Centrafrique : La politique centrafricaine et la guerre des tranchées

Par Ben-Wilson Ngassan

Bangui, le 24 mars 2026 (Centra-News )— À mesure que s’approche la date fatidique du 30 mars 2026, à laquelle le Président Faustin-Archange Touadéra est appelé à prêter serment en tant que premier président de la 7e République, il ne se passe plus un jour sans que ses partisans ne s’affrontent par médias interposés. Une situation qui lève un coin du voile sur les fractures profondes qui traversent l’actuel pouvoir, alors même qu’au sortir des échéances électorales de 2025, le peuple nourrissait l’espoir ardent de réformes substantielles à même de transformer son quotidien.

Le chronomètre est-il déjà enclenché pour une forme de « nuit des longs couteaux » entre frères et sœurs hier encore unis ? À l’aube de cette 7e République, tout porte à croire que, déterminés à consolider leur proximité avec le pouvoir, certains cadres du régime sont désormais prêts à tous les renoncements pour fragiliser leurs rivaux. La preuve en est donnée par la multiplication, ces derniers jours, d’attaques médiatiques ciblées contre diverses personnalités. Ce spectacle désolant, loin de servir les intérêts de leurs instigateurs, porte atteinte à l’image que le chef de l’État s’efforce de projeter au lendemain d’élections éprouvantes.

Certes, la République centrafricaine n’est pas un cas isolé. L’histoire politique contemporaine, notamment en Afrique, enseigne que ces périodes de recomposition s’accompagnent fréquemment de luttes feutrées, parfois violentes, où la parole devient une arme et la rumeur, une stratégie. Toutefois, il semble que Bangui franchisse un seuil inquiétant : cette guerre souterraine, menée à coups d’anathèmes et de diffamations, glisse insidieusement vers une forme de haine viscérale entre acteurs pourtant appelés à défendre un idéal commun.

Cette dérive n’est pas sans rappeler les analyses de Oswald Baboke qui, confronté à des réalités similaires, interrogeait avec acuité : « Qui hait qui ? ». Une interrogation lourde de sens, qu’il éclairait en convoquant les imaginaires du Far West, à travers l’évocation des « flingueurs », où l’arène politique se mue en un espace d’affrontement brut, affranchi des règles et des édits de la loi, au profit d’un droit façonné par la seule loi du plus fort.

Dès lors, faut-il continuer à subir ces jeux de diffamation tous azimuts ? Assurément non. Le débat politique centrafricain mérite mieux que ces escarmouches indignes. Il appelle à une élévation des esprits, à une discipline du verbe et à une éthique de responsabilité. Si l’anthologie des cruautés politiques semble s’étendre, elle ne saurait, en aucun cas, s’ériger en norme ni en pathologie durable.

Sachons raison garder, car c’est à ce prix que la République trouvera sa véritable stature.

Ben-Wilson Ngassan