Centrafrique : ce que révèle l’appel du Président Touadéra à l’égard de la diaspora

Par Ben-Wilson Ngassan

Profitant de son séjour de travail en Russie, le Président centrafricain a tenu à rencontrer ses compatriotes de la diaspora. Dans un échange qui a duré plus d’une heure, Faustin-Archange Touadéra a insisté sur la nécessité pour la diaspora de revenir contribuer à la reconstruction du pays. Que révèle donc cet appel qui ne manque pas de faire couler encre et salive dans la médiasphère centrafricaine ?

Une sortie médiatique très commentée

Hormis les accords conclus dans des domaines clés tels que l’humanitaire, la santé, l’éducation et l’économie, la rencontre tenue entre le dirigeant centrafricain et ses compatriotes à Moscou aura été au cœur de cette visite diplomatique, scrutée de près aussi bien par les officines politiques que par les cercles diplomatiques, locaux comme étrangers.

Sur les réseaux sociaux, ces dernières quarante-huit heures, c’est un extrait vidéo de l’intervention du Chef de l’État centrafricain, invitant la diaspora à revenir au pays, qui a suscité l’ire de certains compatriotes vivant à l’étranger. Pour ces critiques, l’appel de l’homme du 30 mars risquerait de rester lettre morte, dans la mesure où, estiment-ils, les conditions ne seraient pas encore réunies pour favoriser une véritable réintégration socio-professionnelle des Centrafricains résidant à l’extérieur du pays.

Au-delà de ces critiques, qui ne manquent pas de fondement dans certains cas, il convient surtout de noter que le discours de Moscou révèle plusieurs facteurs politiques et sociologiques qui méritent d’être analysés avec froideur.

Un coup de communication politique réussi

D’abord, un joli coup de communication politique pour « l’Archange de Bangui », qui, une fois de plus, à travers cette vidéo, endosse le costume d’un Chef de l’État proche de ses concitoyens. En effet, on observe qu’en délivrant son discours, Faustin-Archange Touadéra a cassé certains codes protocolaires en s’exprimant sans détours et à cœur ouvert. Une posture qui peut donner l’image d’un discours sincère et d’un Chef de l’État qui dialogue sans filtres, même face à la caméra.

Une volonté d’inclusion socialeAu-delà de ce coup de communication réussi, le dirigeant centrafricain a également envoyé à Moscou un message clair : je suis le père de la Nation et mes bras sont ouverts à tous, y compris à ceux qui vivent hors du territoire national. Un tel discours, dans un pays qui sort d’élections contestées, se veut rassembleur et contribue à renforcer le capital de sympathie du Président auprès d’une partie de la communauté nationale.

Le message d’une paix retrouvée et d’un climat national apaiséIl est de notoriété publique que la crise de 2013 a sensiblement fait augmenter le taux de migration extérieure des Centrafricains. Nombre de ces migrants conditionnaient leur retour à l’amélioration de la situation politique et sécuritaire nationale.

Appeler aujourd’hui la diaspora à revenir travailler pour le pays revient donc à envoyer un message direct : la Centrafrique se stabilise et aspire désormais à l’émergence. Dans cette perspective, un tel discours possède également une portée politique et diplomatique à l’échelle internationale.

Et maintenant ?

Après avoir réussi ce coup politique et médiatique, il reste désormais au Chef de l’État centrafricain à traduire les discours en actes. Cela passe notamment par la mise en place d’un véritable centre d’accueil et d’orientation des migrants, par la reconnaissance effective des talents nationaux dispersés à travers le monde, par l’assainissement du climat des affaires, mais aussi par la création réelle d’opportunités d’investissement.