
Zémio, le 18 Mars 2026 (Centra-News)— Dans le sud-est de la République centrafricaine, les violences opposant les Forces armées centrafricaines (FACA), leurs alliés et les éléments Azandé Ani Kpi Gbé ont provoqué le déplacement de milliers de civils. Parmi eux, Clotilde, 27 ans, institutrice et mère célibataire de quatre enfants, tente de reconstruire sa vie après avoir fui les affrontements.
Originaire de Mboki, dans la préfecture du Haut-Mbomou, la jeune femme a parcouru pendant près de deux semaines des kilomètres à pied pour atteindre Zémio. Un périple marqué par la faim, la soif et la peur constante de tomber sur des groupes armés. « Nous avons marché jour et nuit, traversé des rivières et dormi dans les champs. Nous survivions grâce aux fruits sauvages et à l’eau des marigots », raconte-t-elle.
Un parcours marqué par la détermination
Avant le conflit, Clotilde menait une vie relativement stable. Élève brillante, elle avait obtenu son baccalauréat malgré de nombreux obstacles, notamment une grossesse survenue en classe de terminale. Faute de moyens pour poursuivre des études supérieures à Bangui, elle s’était tournée vers une formation en pédagogie avant de devenir enseignante dans une école catholique à Mboki.
Grâce à son métier et à des activités agricoles, elle subvenait aux besoins de sa famille. Mais en 2024, l’intensification des violences dans la région a brutalement mis fin à cette stabilité.
La fuite et ses conséquences
Lorsque les combats ont atteint Mboki, Clotilde a fui dans la panique avec ses enfants. « Chacun partait de son côté. Je n’avais rien emporté, seulement mes enfants », confie-t-elle. À leur arrivée à Zémio, épuisés et sans abri, ils ont trouvé refuge grâce à la solidarité d’un habitant.
Quelques mois plus tard, profitant d’une accalmie relative, elle décide de retourner à Mboki. Sur place, elle découvre l’ampleur des destructions : maison incendiée, champs ravagés et biens pillés. Malgré tout, elle choisit de rester et de reconstruire.
Une reconstruction fragile mais réelle
Privée de son activité d’enseignante, Clotilde s’est tournée vers des travaux ponctuels pour subvenir aux besoins de sa famille. Elle participe notamment à un projet de fabrication de briques, dans le cadre d’un programme « cash for work » mis en place par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
Chaque jour, aux côtés d’autres habitants, elle travaille sur un chantier destiné à sécuriser le centre de santé de Mboki. « Ce travail me permet de nourrir mes enfants et de contribuer à la protection de ma communauté », explique-t-elle.
Des actions humanitaires en appui
À Zémio, le CICR, en collaboration avec la Croix-Rouge centrafricaine, a également mené début janvier 2026 des actions humanitaires en faveur des populations déplacées. Des kits médicaux ont été fournis à l’hôpital secondaire, tandis que l’accès à l’eau et aux infrastructures sanitaires a été renforcé sur un site accueillant environ 2 000 personnes.
Une résilience partagée
L’histoire de Clotilde illustre le quotidien de nombreuses femmes centrafricaines confrontées aux conséquences des conflits armés. Entre pertes, déplacements et précarité, elles continuent pourtant de faire preuve d’une remarquable résilience.
Derrière les statistiques des déplacements forcés se dessinent ainsi des parcours de vie marqués par la souffrance, mais aussi par une volonté tenace de survivre et de reconstruire un avenir plus sûr.
Mireille Mourouba










