
« Venez ! montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob » (Isaïe 2, 3)
Chers frères et sœurs,
Et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté.
1. « Que la paix du Christ, notre Seigneur et notre Dieu soit avec vous » (cf. Col 1, 2). Je vous invite en ce moment de départ pour aller à la rencontre du Seigneur. Ayant été exhortés par le thème de cette rentrée pastorale sur l’espérance : <l’espérance ne trompe pas> (Rm 5, 5), armons-nous de cette vertu afin que rien ne nous ébranle sur le chemin jusqu’à l’accueil du Seigneur à Noël et à son retour glorieux. Comme nous le savons déjà, Le mot AVENT vient du latin Adventus et signifie Avènement. C’est pourquoi je voudrais pour cette année que ce temps de l’Avent ne soit pas vécu comme un Avent parmi tant d’autres déjà vécus, ni un Avent en plus, mais un Avent qui apporte un plus à la vie et à la foi de chaque Chrétien dans l’espérance. A cet effet, je vous rappelle que l’Avent, pour nous chrétien, est un temps de réveil, d’éveil, de veille, de préparation à l’accueil du Messie, qui vient nous sauver. Ainsi, pour bénéficier de ce temps de grâce, je vous invite à vous poser un certain nombre de questions : Comment allons-nous nous préparer pour vivre notre Avent pour que nous ne voyions pas surpris ? En cette nouvelle année scolaire, académique, comment préparer la venue du Seigneur en tant qu’élèves, étudiants, enseignants pour un meilleur avenir ? En cette année électorale, comment conjuguer nos efforts, nos atouts pour construire notre nation ? Je nous invite à nous laisser orienter par l’ensemble des textes sacrés de ce temps liturgique.
2. Dans les textes du 1er dimanche de l’Avent, l’attente du Messie exige vigilance pour ne pas être surpris par sa venue : « … veillez, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra » (Mt 24, 44). Cela veut dire que pour nous chrétiens, il n’y a pas un seul moment pour baisser la garde dans notre vie morale et dans notre vie de foi. Tous les jours nous devons nous efforcer de vivre pour Dieu dans tout ce que nous faisons. Que nous voyions en famille, au travail, seul ou entre amis dans nos milieux de loisirs, nous devons sans cesse vivre pour Dieu. Cet avertissement n’est pas une menace de la part du Seigneur. Au contraire il est une ouverture à sa grande miséricorde qui nous éclaire à l’espérance. Que le monde présent ne nous alourdisse pas. Le Prophète Isaïe l’a si bien souligné qu’au dernier jour où le Seigneur rassemblera toutes les nations dans la Paix éternelle du Royaume de Dieu (Cf. Is 2, 2). Ce jour arrivera, mais pour certains hommes sans foi sans espérance, il est une utopie. C’est pourquoi, Saint Paul nous invite dans la 2ème lecture, à sortir de notre sommeil en nous conduisant honnêtement comme on le fait en plein jour, sans débauche, ni gourmandise, ni ivrognerie (Rm 13, 13, 1er dimanche de l’Avent). L’Avent est un temps qui nous est donné pour construire un monde plus juste, plus humain et plus fraternel, un temps pour relire notre vie et l’orienter vers « la venue du Seigneur ». Gardons bien alors ce mot d’ordre de l’Evangile du 1ER dimanche de l’Avent : « Veillez ! Car vous ne savez ni le jour ni l’heure » (Mt. 24, 42).
3- Dans les textes du 2ème dimanche, Le prophète Jean Baptiste le Précurseur de Jésus nous invite à rejoindre les déserts de nos vies en vue de la conversion « convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 3, 2). Chacun est appelé à faire un examen de conscience pour reconnaitre les blessures, les failles par laquelle le Seigneur veut faire couler en nous sa grâce de régénération ou de réparation. Oui, il faut nous convertir si nous voulons accueillir le Messie qui vient. Pour découvrir la conversion évangélique à laquelle le Seigneur nous invite en ce temps de l’Avent, faisons un examen de conscience pour reconnaitre qu’elle est en ce moment, la faille, la blessure. Est-ce un pardon impossible à donner ou à recevoir ? Notre Sauveur est en route. Il vient pour nous rencontrer. Or une rencontre ne peut avoir lieu que si chacun se met en marche vers l’autre. Notre Dieu est en marche. Il vient vers nous, il vient habiter chez nous. Serons-nous prêts à l’accueillir ? Trouvera-t-il vraiment des chemins droits pour parvenir jusqu’à nous ? Si nous voulons bénéficier du Royaume, il faut que nous adoptions un style de vie conforme aux exigences de la Parole de Dieu. Le prophète Isaïe nous parle des traits caractéristiques de ce Messie qui vient : « Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays. » (Is 11, 4, 2ème dimanche de l’Avent). Ce Messie fera naître un monde nouveau où « le loup habitera avec l’agneau, le léopard couchera avec le chevreau…le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra … il n y’aura plus de mal, ni de corruption » (Is 11, 6-9, 2ème dimanche de l’Avent). Tout cela préfigure un monde sans violence, sans haine, sans injustice ; une terre d’amitié et de fraternité. Apprenons à nous aimer, à marcher et à travailler ensemble. Pour qu’advienne ce qui nous semble humainement impossible, une seule chose nous est demandée : accueillir la grâce de Dieu.
4- Dans les textes du 3ème dimanche, Saint Paul nous invite à la joie : « Soyez dans la joie du Seigneur, … soyez toujours dans la joie. … Le Seigneur est proche… » (Ph 4, 4-5). Le temps de l’Avent est un temps de joie. Dans notre monde marqué par la violence, la guerre, la famine, dans le contexte de misères ou de malheurs qui sévissent et provoquent la tristesse dans les cœurs, est-il encore réaliste de parler de joie ? La 1ère Lecture du 3ème dimanche de l’Avent, s’adressait à un peuple démoralisé, affaibli et diminué par la déportation et l’exile. C’est au cœur de cette douloureuse épreuve que le prophète Isaïe lance cet appel : « Dites à ceux qui s’affolent, soyez forts, ne craignez pas ; … voici votre Dieu… ; il vient Lui-même et va vous sauver » (Is 35,4 ; 3ème dimanche de l’Avent). Notre Dieu vient, et il est déjà présent dans ce monde. Le Messie est déjà à l’œuvre à travers les malades qui guérissent, et des pauvres qui retrouvent le soutien. Au fond, comme Jean Baptiste, les prisons de nos épreuves nous empêchent souvent d’être lucides pour lire tous les événements avec les yeux de la foi et de l’espérance chrétienne. C’est pourquoi Saint Jacques dans la seconde lecture, nous exhorte à la patience et à la persévérance. « Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au Nom du Seigneur » (Jc 5, 10 ; 3ème dimanche de l’Avent). Soyons-en convaincus et demeurons dans la joie, la patience, la persévérance et l’Esperance jusqu’à ce qu’il vienne dans nos vies. Pendant ce temps de l’Avent, le Christ nous demande de le refléter dans les petits gestes de bienfaisance envers les pauvres. C’est à eux tous que Dieu nous envoie porter ce message. Faisons-en sorte que par nous, nos frères et sœurs les plus pauvres puissent entrer dans la Joie de notre Seigneur qui arrive bientôt. C’est à ce prix que nous connaitrons la joie profonde malgré nos propres misères. Le christ est bien celui qui doit venir et nous n’avons pas à en attendre un autre.
5- Dans les textes du 4ème dimanche, le prophète Isaïe reproche au roi d’Israël, son refus d’entrer dans le plan de Dieu : « il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu » (Is 7, 13 ; 4ème dimanche de l’Avent). Notons que « fatiguer Dieu » c’est refuser d’entrer dans son projet de salut qui exige souvent notre foi et la soumission de notre volonté à celle de Dieu. Malgré la puissance Assyrienne qu’il a préférée au Seigneur, Israël finira par faire l’amère expérience de la défaite et de la déportation. Oui comme le suggère le psalmiste, mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes aussi puissants et riches soient-ils (cf. Ps 117, 8). A tous les jeunes, en quête d’identité et de repère, laissez-vous modeler par cette interpellation. Vous êtes l’avenir de notre nation, que vos conduites soient conformes à l’esprit de l’Evangile en vue de construire une nation prospère et digne. N’entrez pas dans le jeu de la mauvaise politique pour les causes inavouées jusqu’à détruire votre avenir et celui de vos familles. Prenez conscience que la nation a besoin de vous et l’Eglise vous soutient dans cette démarche. Je lance un vibrant appel aux partis politiques et ceux qui sont au pouvoir et ceux de l’opposition et société civile. Que le système éducatif ne soit pas perturbé à cause des préparatifs des élections groupées. Les enseignants doivent être à leur poste pour enseigner. Les parents doivent laisser les enfants venir à l’école car leur avenir en dépend. Apprenez à discerner les signes des temps. Noel est un temps de paix, de joie, d’accueil des familles et un temps de lumière. C’est le mystère de Dieu qui vient chez nous dans la fragilité d’un enfant. A l’exemple de Joseph et Marie, entrons dans le projet de Dieu, car ils nous sont présentés comme modèle d’humilité, de docilité de patience, la tolérance et l’obéissance à la volonté de Dieu. Ainsi les campagnes pour les élections ne doivent pas être une occasion de violence verbales ou physiques, d’incitation à la haine ou au dénigrement. Nous sommes appelés en toute circonstance et contexte à devenir Saints. Noël est un mystère. Alors si nous voulons vivre un fructueux Noël, sachons faire silence en nous et autour de nous. Donnons-nous suffisamment de temps de méditation quotidienne, pour lire les signes des temps et discerner ce que Dieu nous suggère chaque jour, en vue de son accueil. Dieu compte sur chacun de nous pour être des emmanuel : Dieu avec nous, pour nous sauver.
Chers frères et sœurs,
Et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté.
6- En ce temps de l’Avent, l’Eglise, sans cesse renouvelée de l’intérieur par l’Esprit Saint nous propose une liturgie qui nous aide à scruter comme elle l’horizon, afin de voir surgir Celui qui vient pour notre joie, et qui ne cesse de venir, afin de nous tenir éveillés. Car la vigilance est une attitude chrétienne essentielle, une recommandation du Seigneur lui-même sur laquelle l’Apôtre Pierre, en particulier, appelle notre attention : « … soyez vigilants, espérez pleinement en la grâce qui doit vous être apportée par la révélation de Jésus-Christ » (1P 1, 13). Entrons donc dans ce temps de l’Avent avec une attention soutenue, une vigilance guidée par la prière, la méditation et notamment l’Eucharistie qui éclairera notre route. Oui, que notre Avent soit essentiellement eucharistique afin que Noël soit pour nous et ceux qui le vivront avec nous une célébration de la joie, de l’amour et don inestimable de Dieu à notre monde. Que la Vierge Marie Notre Dame de l’Oubangui nous aide à progresser dans la sainteté véritable pour attendre la venue de son Fils.
+ Dieudonné Cardinal NZAPALAINGA, C.S.Sp Archevêque Métropolitain de Bangui










