Afrique : plus d’une dizaine de coups d’État entre 2020 et 2025, une vague qui fragilise la démocratie

BANGUI, le 28 novembre 2025 (CentraNews)— Entre 2020 et novembre 2025, le continent africain a enregistré une résurgence notable des prises de pouvoir par la force. Selon une compilation de plusieurs sources spécialisées dont ACLED, le PNUD et diverses agences de presse au moins 10 à 12 coups d’État réussis ont été recensés sur la période.

Parmi les renversements les plus marquants figurent ceux du Mali (août 2020 et mai 2021), du Tchad (avril 2021 après la mort d’Idriss Déby), de la Guinée à Conakry (septembre 2021), du Soudan (octobre 2021), du Burkina Faso (janvier puis septembre 2022), du Niger (juillet 2023), du Gabon (août 2023), de Madagascar (2025) ainsi que celui de Guinée-Bissau en novembre 2025. Plusieurs tentatives avortées ou transitions militaires prolongées complètent ce tableau d’instabilité.

Démocratie sous pression : une décennie de recul

Les effets de cette succession de coups d’État sont profonds et multiformes. Suspension des institutions. Chaque putsch entraîne la mise à l’écart des constitutions, la dissolution des parlements et le report des élections. Autant de ruptures qui interrompent les mécanismes de légitimation démocratique et érodent la confiance des citoyens.

Régression des libertés publiques. Les régimes militaires imposent souvent des restrictions : limitation de la presse, arrestations politiques, réduction de l’espace civique. Le pluralisme en ressort affaibli, parfois durablement.

Effet domino régional. La multiplication des putschs, décrite par certains analystes comme la « coup belt », fragilise les organisations régionales telles que la CEDEAO ou l’Union africaine. Sanctions, médiations et interventions n’ont pas toujours permis de rétablir rapidement l’ordre constitutionnel.

Chocs économiques et sociaux. Les ruptures politiques provoquent le retrait d’investisseurs, des sanctions internationales et une hausse de l’incertitude économique. Les services publics se dégradent, tandis que le chômage et les tensions sociales augmentent.Insécurité accrue. Dans le Sahel notamment, la crise politique se superpose à des menaces jihadistes, aggravant l’instabilité et compliquant tout retour à la normalité institutionnelle.

Légitimité fragile des juntes. Si certains putschistes bénéficient d’un soutien populaire initial, alimenté par le rejet de la corruption ou de l’insécurité, cette adhésion reste précaire. Les promesses non tenues se traduisent rapidement par une perte de confiance.

Un bilan contrasté mais un horizon démocratique incertain

La vague de coups d’État observée depuis 2020 marque un ralentissement net de la dynamique de consolidation démocratique en Afrique, particulièrement dans les régions déjà fragiles. Les transitions s’allongent, la gouvernance reste instable et les perspectives de réformes s’éloignent.Pistes pour renforcer la résilience démocratique

Les experts recommandent : La modernisation des institutions et un meilleur contrôle civil des armées ; Une action régionale plus cohérente, combinant sanctions ciblées et médiation ; Un soutien renforcé aux médias, à la société civile et aux mécanismes de transparence ;

Un traitement des causes profondes : insécurité, inégalités, gouvernance locale qui alimentent les frustrations utilisées comme prétexte aux putschs.

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